Dans un tout-ménage distribué par la droite genevoise, le désir touchant du grand capital qui essaie de nous convaincre qu’il voudrait nous rendre tous enfin propriétaires, et donc libres et heureux. Il y a là une vision très étroite du tous. L’IA y a mis sa patte si bien que l’on croirait lire un document pour enfant : en vert les prétendus avantages de la nouvelle loi, en rouge les odieux mensonges de la gauche. Vous pouvez sans risque de vous tromper inverser les couleurs, il y autant de manipulations que de prétendue vérités. Ce langage des couleurs nous conforte dans l’idée que les auteurs de ce magazine, dans la droite ligne de l’UDC, qui fait une fixette douloureuse sur le “Vert-Rose”, tentent maladroitement de récupérer les codes couleurs de leur ennemis. Il y ont mis le prix à la hauteur des bénéfices escomptés.

Dans le Temps1, Cyril Allen, qui conseille très drôlement de garder la tête froide en temps de canicule, reprend le bon vieux poncif de la gauche qui seraient contre la climatisation, rejette aux calendes grecs ce que nous pourrions faire pour nous attaquer aux causes réelles du réchauffement - puisqu’il faut pour cela une action mondiale à laquelle il semble peu pressé d’adhérer - et s’attribue tout modestement de connaître les bonnes solutions, sans, bien sûr, n’en citer aucune . Il serait temps de donner la paroles aux générations les plus concernées par le problème et de renoncer à la politique en cas de sclérose manifeste.

Le dernier Journal2 de la société suisse des auteurs revient sur les implications de l’IA sur les consultants en scénarios. Des consultants pas trop inquiets pour leur métier, malgré le rapport de la CISAC qui prévoit que 21% des revenus sont menacés par l’utilisation de l’IA, et malgré les problèmes qu’ils reconnaissent, de droits d’auteur, d’écologie et de domination des GAFA . Faut-il s’inquiéter plus de cette intelligence dite artificielle, plutôt que de celle des PLR, pour laquelle nous n’avons pas encore trouvé l’adjectif adéquat. En illustration, celle de Philippe Nantermod qui dénonce sur X la “honteuse” SUISA. Je le cite: ” “La SUISA, l’organisme qui taxe nos disques durs pour prétendument financer les artistes, se paie des publicités sur la RTS avec nos redevances. Ces fonctionnaires de la culture sont nés avant la honte.” Commentaires bienvenus.

Et puisque l’on parle d’art, le magazine des droits humains Amnesty consacre son dernier numéro3 aux résistances par la danse et l’art en général. De quoi interroger notre propre société sur son rapport aux arts et de s’inquiéter sur celui que l’AfD voudrait imposer, s’il obtient une majorité lui permettant de gouverner dans la région de Saxe-Anhalt. Ce numéro d’Amnesty est tout simplement passionnant, décortiquant la danse comme moyen de résistance, les sons comme armes de guerre et les stratégies d’artistes pour les déjouer. Il y a peut-être de quoi encourager ici les artistes suisses qui se demandent parfois quels rôles ils jouent et quels poids ils ont face aux puissances hégémoniques du Capital.

 

1 Le Temps, 8 octobre 2026

2 Le Journal de la Société suisse des auteurs, n° 140, automne 2026

3 Amnesty, le magazine des droits humains, n° 126, septembre 2026