Anecdotique : sa chemise, son pantalon ? Peut-être pas. Epoustouflante : sa technique ? Pour sûr, ainsi que l’émotion dégagée. Curieux : le lien avec François Bon ? Une parenté de pensée et d’attitude pourtant... Impressionnante : la stature de Tim Berne ? Il est vrai qu’il n’y avait que son visage sur cette vieille photo.
Bon. Cartes sur table. Je tourne autour du pot. Je fais diversion. Ca ne va pas le faire. Il faut y aller. Je retrousse mes manches. C’est compliqué, certes, mais il n’y a pas d’échappatoire. Le temps est compté, pour vous comme pour moi.
Un concert de Dominique Pifarély, avant d’être difficile à écrire, c’est tout d’abord difficile d’y entrer. Ce n’est pas du tout convenu. Ce n’est pas du tout cuit. Ce n’est pas : “Je vous sers un petit truc qui fait son effet, vous verrez, ça vous rappellera quelque chose”. Cela évoque, cela suggère, mais de loin. C’est sophistiqué et à la fois insolent. C’est plein de méandres, de replis, ce dont le violoniste s’étonne lui-même. Il rit de nous entendre rire à l’énoncé de ses titres. “Au moins, ça sert à ça” dit-il. Sa pensée est poétique, sinueuse, étrange, profondément sincère. Droit au coeur, dirait une socialiste, même si le labyrinthe est parfois inextricable . Chromatisme. Post-tonalité. Répétitivité. A coup sûr, des échos de la littérature pour cordes. Aussi, les classiques Ravel, Stravinsky, Hindemith, Schönberg, ... On comprend les associations avec Marais, Scalvis, Levallet. Voyez-vous cette lignée de musiciens français associant virtuosité instrumentale et exigence d’originalité ? On pense à Portal, à Scalvis, à Couturier. On devine, de par les titres étranges de ses compositions, les envies d’associations avec les mots et la littérature, ce que Dominique Pifarély a tenté avec François Bon. On ignore bien sûr, méchant et crasse ignare, la multitude des autres sources.
Le choix des comparses maintenant. Bruno Chevillon. Bon point. S’amuse des pires difficultés rythmiques assignées à sa section. Solos renversant d’invention, de maîtrise, d’aisance. Tim Berne. Pas mal. Survole avec un son très pur la polyrythmie de la partition, fond parfaitement son timbre avec celui du violon, semble un peu prisonnier, dans ses solos, de la complexité du contexte. Graig Taborn. Adéquat. Oublie les magnifiques phrases qu’il peut inventer sur un tempo plus normé, sous le label exquis de ces petits accords chiffrés dont le jazz a le secret. Invente ici un vocabulaire parfaitement adapté au contexte, totalement libre et souple. Le chef de projet. Inévitable. Ne se contente pas d’ausculter, un peu incrédule, les résultats de ses nuits insomniaques et hyperactives. Interprète comme s’il improvisait. Improvise comme si c’était écrit. Technique et construction comme une seconde nature.
La scène française de la musique improvisée écrit une histoire surprenante, vitale, originale. C’est bien dans ce pays qu’on a inventer, en résistance à l’OMC, la fameuse exception culturelle. La Suisse est membre de la coalition soutenant cette exception. A écouter ses radios, elle l’ignore.
AMR - Samedi 31 octobre 2009 - 21h 30 DOMINIQUE PIFARÉLY « OUT OF JOINT » Dominique Pifarély : violon Tim Berne : saxophone alto Craig Taborn : piano. Bruno Chevillon : contrebasse